Restauration acrobatique d’une Hernandez

//Restauration acrobatique d’une Hernandez

Une fois restaurée, cette guitare semble presque neuve, et pourtant elle nous est arrivée dans un état de dégradation très avancé… Et pour cause ! Cette guitare a bien vécu et a traversé le 20ième siècle entre les mains d’un certain Armand Guerre, acrobate de père en fils, avant d’atterrir dans celles de JeanMarie Pfeiffer, son beau fils, qui nous l’a apportée ! Voici l’histoire de cette guitare…

Armand Guerre, né en 1898, est le fils d’un célèbre trapéziste voltigeur de la troupe des Montbard, qui lui enseigne de nombreuses acrobaties dès son plus jeune âge. C’est à 14 ans qu’il donne ses premières représentation avec sa sœur Lucy-Mary, mais celle-ci se marie quelques années plus tard et arrête son numéro. Il décide alors avec son frère de monter un nouveau tour : des cascades en moto dans une sphère métallique ! Malheureusement, à la suite d’un accident, Armand se fracture le péroné  ce qui l’oblige à trouver un nouveau numéro moins risqué. Il deviendra alors l’un des plus grands dresseurs d’otaries, accompagné de ses fidèles compagnons aquatiques Norma, Bonzo, Agona, et surtout Oscar qui le suivi pendant plus de 20 ans… C’est également à la suite de son accident, dans les années 30, qu’Armand fit un périple à Madrid où il acheta cette sublime guitare Hernandez de 1932 !

Il aurait animé ses spectacles avec cette guitare, parfois accompagné de sa sœur à la Mandoline, voir même de ses otaries savantes, qui savaient souffler dans une petite trompette et jouer l’hymne américain à l’harmonica ! La guitare a donc beaucoup voyagé, accompagnant l’artiste sur les scènes françaises et internationales les plus prestigieuses, et c’est à la fin des années 70 qu’il décide de l’offrir à son beau fils.

L’instrument a beaucoup souffert du temps et des voyages. La guitare présente des capacités de résonances incroyables, du fait de la finesse des parois du corps, ce qui rend de fait la guitare très fragile. A l’époque, Jean-Marie n’a pas les moyens de faire réparer la guitare qui se fend à plusieurs endroits. Il ne trouve donc d’autre solution que de scotcher les parties endommagées afin de ralentir au plus la dégradation. C’est finalement en 2018 qu’il trouve le temps et l’argent de passer au Garage pour la restauration complète de cette guitare de famille !

Étant donné son état, nous n’avons d’autres solutions que de retirer les frettes, le chevalet et les mécaniques afin de poncer l’intégralité de l’instrument et de recoller les fissures. L’instrument avait été extrêmement fragilisé et les parois étaient très fines, nous avons donc refait les renforts dans la caisse, revernis le tout avec une finition satinée et collé soigneusement le chevalet en veillant à la rigidité de l’ensemble. La restauration fut assez acrobatique, du fait que nous avons refait l’intérieur de la guitare sans pour autant l’ouvrir, et en travaillant sur des matériaux très fragiles. Dextérité et patience étaient de mise, et nous nous sommes équipés de miroirs et de pinces coudées pour atteindre les endroits les moins accessibles de la caisse !

La guitare une fois solidement réparée, il nous a alors fallut refretter le manche et reconditionner les sillets pour rendre l’instrument parfaitement jouable. Nous avons pris un très grand plaisir à restaurer cet instrument mythique, et à écouter Jean-Marie nous raconter son histoire ! Si vous aussi vous avez une guitare de famille qui traine au fond d’une cave ou d’un grenier et qui semble bonne à jeter, passez nous voir pour un diagnostique et un devis gratuit !

Par | 2018-08-02T13:47:35+00:00 août 2nd, 2018|Réparation Lutherie|0 commentaire